Carburants sous pression: pourquoi la Suisse puise dans ses réserves obligatoires
Le bas niveau du Rhin et les chantiers ferroviaires freinent les livraisons. La Confédération libère des réserves de kérosène, sans constater de pénurie critique.

L’approvisionnement de la Suisse en carburants est tendu, mais aucune pénurie aiguë ne se dessine pour l’heure, estime la Confédération. Le 15 octobre, l’annonce de stocks de kérosène limités à l’aéroport de Zurich a remis les réserves obligatoires au premier plan. Roland Pfister, délégué à l’approvisionnement économique du pays, a autorisé des prélèvements dans ces stocks. Son constat: la difficulté concerne l’acheminement, non la disponibilité des carburants sur le marché.
Cette distinction compte pour les ménages, les entreprises et les voyageurs. Lorsque les transports fonctionnent au ralenti, les stocks suisses peuvent baisser alors que des produits pétroliers restent disponibles à l’achat. Les réserves obligatoires servent précisément à combler ces écarts. Leur libération vise à stabiliser l’approvisionnement: elle ne signifie pas que les stations-service, les chauffages ou les avions risquent de manquer prochainement de combustible ou de carburant.
Deux voies d’acheminement entravées
La situation est tendue depuis mars déjà. Le niveau particulièrement bas du Rhin, conséquence des fortes chaleurs de cet été, pèse sur les livraisons. Moins de carburant arrive ainsi en Suisse par le fleuve. Parallèlement, des chantiers entravent le transport ferroviaire. Deux voies importantes pour l’approvisionnement sont donc touchées simultanément.
Pour maintenir un approvisionnement relativement stable, au moins deux des trois grands axes logistiques devraient fonctionner, explique Roland Pfister. Or, seul le troisième reste pleinement opérationnel: l’oléoduc desservant la raffinerie de Cressier, dans le canton de Neuchâtel. Lorsque les deux autres axes ne suffisent plus, cette dernière voie peut aussi connaître un goulet d’étranglement. Elle ne peut pas compenser indéfiniment les volumes manquants.
Ces difficultés se traduisent par une diminution des stocks, notamment à l’aéroport de Zurich. Des réserves obligatoires de kérosène y ont donc été mobilisées. Selon Roland Pfister, il n’y a toutefois jamais eu de risque immédiat d’annulations de vols faute de carburant. Le recours aux stocks obligatoires a justement permis de prévenir une telle situation.
La complémentarité des transports reste essentielle. Le rail peut reprendre une partie des quantités habituellement acheminées par le Rhin, comme cela s’est produit cet été, relève le délégué. Mais lorsque les capacités ferroviaires sont elles aussi limitées, cette compensation devient plus difficile. L’approvisionnement dépend donc autant de la disponibilité des produits pétroliers que de la fiabilité de leur acheminement jusqu’en Suisse.
Ce que couvrent les réserves obligatoires
La couverture prévue varie selon les produits. Pour le mazout et les carburants, les réserves obligatoires doivent en principe répondre à quatre mois et demi de besoins. Pour le kérosène, l’exigence est de trois mois. Ces durées correspondent à un scénario sans aucune nouvelle livraison.
Il ne faut donc pas y voir un compte à rebours avant l’épuisement des stocks. Du pétrole et des carburants continuent d’entrer en Suisse. Puisque les importations ne sont pas interrompues, les réserves peuvent soutenir l’approvisionnement nettement plus longtemps. Roland Pfister ne s’attend expressément pas à un arrêt complet des importations.
Ces durées ne constituent pas non plus un inventaire actualisé de chaque dépôt. Elles définissent les besoins que les stocks obligatoires sont censés couvrir. Dans le système d’approvisionnement courant, ces réserves complètent les livraisons qui continuent d’arriver. L’élément déterminant reste l’écart entre les volumes livrés et la consommation, ainsi que la durée de ce déséquilibre.
C’est tout l’intérêt de ce dispositif pour la Suisse: disposer d’une marge de sécurité lorsque les chaînes logistiques habituelles sont sous pression. Les réserves ne remédient ni aux basses eaux du Rhin ni aux retards ferroviaires. Elles donnent néanmoins du temps pour éviter qu’un problème de transport ne se traduise immédiatement par des ruptures chez les consommateurs.
Une alerte jaune, sans restrictions de consommation
La Confédération évalue la situation sur une échelle de quatre niveaux d’alerte. Pour le diesel et les produits similaires, le niveau jaune s’applique actuellement: il désigne un danger modéré. Une détérioration se traduirait par un passage aux niveaux supérieurs, orange puis rouge. L’évaluation actuelle mérite donc attention, sans correspondre à une situation de danger marqué.
Si la situation devenait réellement critique, la Confédération pourrait d’abord appeler à économiser les produits concernés. Des restrictions de consommation pourraient suivre. De telles mesures ne sont toutefois pas prévues actuellement, souligne Roland Pfister. Aucun signal ne laisse pour l’heure présager une évolution véritablement critique.
Des difficultés d’approvisionnement pour d’autres produits pétroliers restent en revanche possibles. Elles pourraient nécessiter de nouvelles libérations de réserves obligatoires. Une telle décision répondrait d’abord à un manque précis dans les livraisons. Elle n’annoncerait pas automatiquement des restrictions généralisées.
Davantage de sécurité, pas des prix plus bas
Les automobilistes qui font le plein de diesel et les ménages qui commandent du mazout ne doivent pas attendre de baisse directe des prix liée à la libération des réserves. Ces stocks servent à sécuriser l’approvisionnement, pas à réduire la facture. Les produits qui en sont tirés sont vendus aux prix du marché. Roland Pfister ne voit actuellement aucun indice annonçant une baisse prochaine du diesel ou du mazout.
La suite dépendra surtout de l’évolution des livraisons par le Rhin, le rail et l’oléoduc. La Confédération doit surveiller si les arrivages, complétés par les réserves libérées, suffisent à couvrir les besoins. La situation demeure tendue. Mais, dans l’évaluation actuelle, l’enjeu est de surmonter des difficultés de transport, non de faire face à une pénurie nationale imminente de carburants.
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