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Nestlé accélère, mais perd le contrôle de 1,6 milliard de francs d’actifs en Russie

Les volumes, et plus seulement les prix, portent la croissance de Nestlé sous Philipp Navratil. Mais la mise sous administration forcée en Russie assombrit le tableau.

Rédaction 26news4 min de lecture
Produits Nestlé dans un supermarché Soriana à Mazatlán, au Mexique, le 27 juillet 2023.
Produits Nestlé dans un supermarché Soriana à Mazatlán, au Mexique, le 27 juillet 2023.

Nestlé vend à nouveau davantage de produits et progresse dans sa transformation. Le groupe alimentaire établi à Vevey a enregistré une croissance organique de 4% au troisième trimestre 2026. Publiés jeudi 22 octobre, ses résultats dépassent les attentes, grâce surtout à la hausse des volumes. Mais le groupe tire aussi les conséquences de la mise sous administration forcée de ses activités russes: il les sort de son périmètre de consolidation et décomptabilise 1,6 milliard de francs d’actifs.

Ces évolutions illustrent deux défis très différents pour le géant suisse. Dans ses métiers principaux, la reprise s’élargit. En Russie, c’est désormais le pouvoir politique qui détermine si Nestlé peut encore disposer de ses activités.

La demande progresse dans toutes les régions

Le chiffre d’affaires trimestriel atteint 22,8 milliards de francs. Pour apprécier la dynamique commerciale, l’indicateur décisif reste toutefois la croissance interne réelle, appelée «real internal growth», ou RIG. Elle s’établit à 2,8%, contre seulement 1,5% attendu par les analystes. L’effet des prix représente, lui, 1,1%.

Philipp Navratil dépasse ainsi son propre objectif à long terme: le directeur général vise une croissance interne réelle durablement supérieure à 2%. Au troisième trimestre, Nestlé a nettement franchi ce seuil pour la première fois depuis plus de quatre ans. C’est une avancée importante après des années marquées par des hausses de prix, des volumes faibles et des difficultés d’exécution.

Les volumes augmentent dans toutes les régions, avec une évolution particulièrement favorable dans les marchés émergents. En Amérique du Nord aussi, Nestlé vend davantage, malgré une inflation qui pèse sur le moral des consommateurs. L’alimentation pour animaux se distingue à l’échelle du groupe. Cette activité représente environ un quart de son chiffre d’affaires.

Sur les neuf premiers mois, la croissance organique atteint 3,7%, dont 1,9 point de croissance interne réelle. Le chiffre d’affaires publié depuis janvier reste stable, à 65,9 milliards de francs. Ces mesures ne se confondent pas: la croissance organique exclut notamment les effets de change et les modifications du portefeuille d’activités.

Un soutien à la transformation de Navratil

Philipp Navratil dirige Nestlé depuis un peu plus d’un an. Avec le nouveau président du conseil d’administration, Pablo Isla, il doit stabiliser le premier groupe alimentaire mondial après des turbulences à sa tête et rétablir une croissance fiable. Propriétaire notamment de Nespresso, Maggi et Kitkat, Nestlé emploie environ 270 000 personnes dans le monde.

La progression des volumes compte particulièrement dans ce chantier. Des prix plus élevés peuvent soutenir temporairement les recettes. Une hausse des quantités vendues indique plus clairement si la demande est solide. Le fait que l’amélioration touche désormais toutes les régions donne davantage de poids aux résultats qu’un rebond limité à quelques marchés.

Nestlé entend concentrer ses moyens sur les activités les plus compétitives et les domaines à fort potentiel, tout en resserrant son portefeuille. En septembre, le groupe a conclu un accord pour vendre ses activités de vitamines, minéraux et compléments alimentaires destinées aux consommateurs pour un milliard de dollars. Cet accord s’inscrit dans la transformation, mais ne signifie pas que la cession est déjà réalisée.

Pour les investisseurs suisses, la question reste de savoir si ce bon trimestre annonce une évolution durable. L’action ne s’était guère redressée depuis l’arrivée de Navratil, même si la tendance des dernières semaines était positive.

La Russie sort des comptes consolidés

Face à ces progrès opérationnels, Nestlé doit composer avec la perte de contrôle de ses activités russes. En septembre, le président Vladimir Poutine avait annoncé leur mise sous administration forcée. Le groupe les a donc déconsolidées à fin septembre: elles ne figurent plus dans ses comptes comme une entité qu’il contrôle.

Cette opération porte sur 1,6 milliard de francs d’actifs. Elle ne modifie pas les chiffres d’affaires publiés, puisque Nestlé en exclut déjà la Russie depuis l’invasion russe de l’Ukraine en 2022. Le groupe qualifie de limité l’effet sur son bénéfice de 2026.

Le poids économique de ces activités reste néanmoins significatif: elles correspondent à environ 2% du chiffre d’affaires du groupe et contribuent à hauteur de 3 à 4% à son bénéfice opérationnel. Le maintien de Nestlé en Russie avait suscité des critiques répétées. L’entreprise justifiait sa présence par la volonté de continuer à fournir des aliments de base à la population.

Un retour sous son contrôle demeure incertain. Poutine avait évoqué une restitution sous certaines conditions. Mais, pour d’autres entreprises placées sous administration forcée, la situation a souvent débouché sur des ventes imposées à des personnes de son entourage. C’est aussi un scénario possible pour Nestlé, sans être une issue acquise.

La constance sera le prochain test

Pour l’ensemble de l’année, Nestlé prévoit une marge opérationnelle en hausse et un flux de trésorerie disponible supérieur à 9 milliards de francs. Ces liquidités sont importantes pour financer le dividende. Une augmentation paraît ainsi possible, mais les résultats trimestriels ne constituent pas une décision en ce sens.

Le prochain défi sera de maintenir la progression des volumes tout en améliorant la rentabilité. Jean-Philippe Bertschy, analyste chez Vontobel, le résume ainsi: «La reprise gagne en crédibilité, mais la constance reste la véritable épreuve.»

Deux tâches se superposent donc pour le groupe vaudois. Navratil doit transformer la croissance récente en tendance durable. En Russie, Nestlé doit gérer une situation dont il ne maîtrise actuellement pas la suite.

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