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UBS gagne 3,6 milliards de dollars, mais son avenir se joue aussi à Berne

La banque attire des capitaux et approche du terme de l’intégration de Credit Suisse. Mais le débat sur ses fonds propres engage sa compétitivité et les emplois en Suisse.

Rédaction 26news4 min de lecture
Le logo UBS avec les clés de la Société de Banque Suisse à Zurich.
Le logo UBS avec les clés de la Société de Banque Suisse à Zurich.

UBS a dégagé un bénéfice avant impôts de 3,6 milliards de dollars au troisième trimestre et attiré 55 milliards de dollars de nouveaux avoirs nets dans sa gestion de fortune mondiale. Présentés mercredi 28 octobre, ces résultats montrent une banque qui progresse et entend achever l’intégration de Credit Suisse d’ici à la fin de l’année. Mais une question déterminante se joue à Berne: combien de fonds propres devra-t-elle détenir pour ses filiales étrangères?

Le bénéfice du groupe atteint 2,7 milliards de dollars, contre 2,8 milliards au deuxième trimestre. Le résultat avant impôts reste inchangé. Ces chiffres n’ont pas suffi à soutenir le titre: mercredi matin, l’action UBS perdait près de 2%.

Pour la Suisse, l’enjeu dépasse le rendement d’une société cotée. Première banque du pays, UBS a encore gagné en importance pour la place financière depuis la reprise d’urgence de Credit Suisse. Le débat politique concerne donc sa solidité, mais aussi l’emploi et l’attrait de son implantation suisse.

La gestion de fortune soutient les résultats

La gestion de fortune mondiale a généré plus de la moitié du bénéfice. Les afflux ont été particulièrement élevés en Asie et en Amérique. Les activités américaines retiennent l’attention: aux Etats-Unis, la banque avait subi des sorties de capitaux durant plusieurs trimestres consécutifs en 2025. Ces fortes entrées constituent donc un signal important pour UBS. Au total, elle gère désormais 7300 milliards de dollars d’avoirs.

La banque d’investissement a connu une évolution moins favorable. Son bénéfice a reculé d’un peu plus d’un quart par rapport au deuxième trimestre, à 838 millions de dollars. Les métiers du groupe n’avancent donc pas au même rythme: la gestion de fortune soutient les résultats, tandis que la banque d’investissement y contribue moins qu’au trimestre précédent.

UBS estime néanmoins être en bonne voie pour l’ensemble de l’année. Elle prévoit de dépasser ses objectifs de rendement des fonds propres de base durs et d’atteindre ceux du ratio coûts-revenus. Sur les neuf premiers mois, ces indicateurs s’établissaient respectivement à 16,7% et 69,6%. Le second mesure la part des revenus absorbée par les coûts.

Credit Suisse: l’intégration touche au but

UBS fait aussi état de progrès dans le rapprochement des deux banques. Elle juge toujours possible de terminer l’intégration à la fin de l’année. Presque toutes les anciennes applications destinées à être remplacées ne sont plus utilisées; 90% ont déjà été entièrement mises hors service. Un volet technique central du chantier approche ainsi de son terme.

A fin septembre, les économies atteignaient 13,2 milliards de dollars, dont 600 millions réalisés au troisième trimestre. UBS visait initialement 13,5 milliards d’économies. Elle prévoit désormais d’atteindre 13,7 milliards d’ici à la fin de l’année, légèrement davantage qu’au départ.

Pour le personnel, cette transformation a une autre portée. Fin 2022, avant l’effondrement de Credit Suisse, les deux banques employaient ensemble environ 123 000 personnes dans le monde. A la fin du troisième trimestre, UBS comptait encore 97 593 collaborateurs. La réduction des effectifs doit s’étaler sur plusieurs années. Parallèlement, la banque réinternalise des fonctions jusqu’ici externalisées.

En Suisse, UBS employait environ 35 000 personnes fin 2023. Son directeur général Sergio Ermotti a annoncé à plusieurs reprises que l’intégration entraînerait 3000 licenciements dans le pays. S’y ajoutent les démissions et les retraites anticipées. Ces changements liés à l’intégration doivent être distingués des éventuelles conséquences supplémentaires de la réglementation sur les fonds propres.

A Berne, la solidité face à la rentabilité

Depuis des mois, UBS combat le durcissement des exigences de fonds propres prévu par le Conseil fédéral. Le débat porte principalement sur la couverture de ses filiales étrangères. Davantage de capital permet, en principe, de mieux absorber les pertes. Pour la banque et ses actionnaires se pose aussi la question des effets sur la rentabilité et la compétitivité internationale.

Lundi, Sergio Ermotti a exposé sa position devant la Commission de l’économie et des redevances du Conseil national. Lors de la présentation des résultats, il a réaffirmé vouloir continuer à participer «de manière constructive» au débat politique.

Il a précisé ses attentes: «Nous espérons une solution au Parlement qui favorise la stabilité financière du pays, sans imposer de coûts excessifs aux actionnaires, à la clientèle et au personnel, et sans compromettre la position concurrentielle d’UBS à long terme.»

La question du siège accentue la pression

En septembre, à Saint-Gall, le président du conseil d’administration Colm Kelleher avait souligné la portée du différend: «Nous voulons un compromis constructif qui nous permette de rester en Suisse.» Aucun départ n’est donc décidé. Mais cette déclaration lie explicitement les exigences de capital à la future implantation de la banque.

L’Association suisse des employés de banque a averti la commission compétente du Conseil national des conséquences possibles pour l’emploi. Elle estime qu’un départ pourrait coûter entre 10 000 et 12 000 des quelque 34 000 postes actuels d’UBS en Suisse. Il s’agit d’un scénario de l’association, non d’un plan de suppressions annoncé par la banque. Elle déplore aussi que les effets d’un départ sur l’emploi n’aient pas encore été étudiés.

D’ici à la fin de l’année, deux chantiers distincts dominent donc. UBS veut terminer l’intégration de Credit Suisse et atteindre ses objectifs opérationnels. A Berne, le Parlement doit définir un cadre réglementaire renforçant la stabilité financière. Malgré des résultats trimestriels solides, les contours de ce cadre restent la grande question ouverte pour UBS et la place financière suisse.

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