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Moins de chocolat aux caisses: une élue genevoise veut faire intervenir la Confédération

Laurence Fehlmann Rielle demande des mesures pour moins exposer les enfants aux sucreries dans les magasins. Le commerce de détail et le conseiller national centriste Thomas Rechsteiner défendent la responsabilité des parents.

Rédaction 26news4 min de lecture
Portrait de la conseillère nationale socialiste Laurence Fehlmann Rielle réalisé en 2015.
Portrait de la conseillère nationale socialiste Laurence Fehlmann Rielle réalisé en 2015.

Barres chocolatées et bonbons gélifiés attendent les clients jusqu’au dernier moment dans de nombreux magasins alimentaires suisses. La conseillère nationale socialiste genevoise Laurence Fehlmann Rielle veut changer cette pratique. Dans une motion, elle demande au Conseil fédéral des mesures pour moins exposer les enfants aux produits mauvais pour la santé aux caisses des grands commerces. Des alternatives plus saines devraient y trouver davantage de place. Sa démarche se heurte à l’opposition du Centre et des grands distributeurs.

Pour les familles, la scène est familière: les courses sont presque terminées, mais l’attente près du tapis roulant déclenche une négociation autour d’une friandise. Laurence Fehlmann Rielle n’y voit pas seulement une question d’éducation. Elle pointe aussi une méthode de promotion des ventes. Sa demande porte sur l’emplacement des produits, et non sur une interdiction générale de vendre des sucreries.

Une recommandation jugée insuffisante

La Genevoise avait déjà soulevé cette question au Parlement en 2021. Le Conseil fédéral s’était alors prononcé en faveur d’une recommandation aux grands distributeurs pour qu’ils aménagent leurs espaces de caisse de manière plus saine. Pour l’élue socialiste, cette approche n’a produit aucun effet. Elle estime que rien n’a été fait depuis et que la situation s’est même dégradée.

Pour étayer sa demande, elle s’appuie sur une enquête de l’association romande de défense des consommateurs, qui a examiné plus de 2200 produits dans 30 magasins. A Genève, 98% des caisses avec du personnel proposaient des sucreries. Le constat ne serait pas meilleur dans le reste du périmètre étudié en Suisse romande. Ces résultats décrivent donc une pratique commerciale répandue, sans constituer un relevé national couvrant tous les types de caisses.

Laurence Fehlmann Rielle inscrit sa démarche dans le débat sur le surpoids. Dans son intervention, elle relève que 43% de la population suisse est en surpoids ou obèse et que les enfants et les adolescents ne sont pas épargnés. Ce chiffre ne désigne toutefois pas la proportion d’enfants concernés. Il sert à justifier une attention accrue à l’environnement dans lequel se font les achats.

Concrètement, elle souhaite que les enfants ne soient plus massivement exposés à des produits mauvais pour la santé aux caisses des grands magasins. Elle entend mettre fin à ce qu’elle considère comme un marketing nuisible visant les enfants et les adolescents.

Le Centre mise sur les parents

Le conseiller national Thomas Rechsteiner, du Centre, conteste la voie choisie. L’élu d’Appenzell Rhodes-Intérieures reconnaît l’importance de la protection de la jeunesse. Mais il refuse que l’Etat prescrive la manière de présenter les produits aux caisses. A ses yeux, une bonne intention ne garantit pas une bonne mesure.

Moins de chocolat aux caisses: une élue genevoise veut faire intervenir la Confédération
Moins de chocolat aux caisses: une élue genevoise veut faire intervenir la Confédération

Pour lui, apprendre à résister aux tentations fait partie de l’acquisition de l’autonomie. Il défend des citoyens responsables plutôt que des chariots placés sous surveillance étatique. La décision d’acheter appartient à la clientèle, tandis que l’éducation relève des parents. Dans les limites de la législation, les commerces doivent pouvoir composer librement leur assortiment: les grands distributeurs comme les boulangeries, les boucheries et les petits magasins.

Thomas Rechsteiner doute également des bénéfices sanitaires de la proposition. Modifier les présentoirs aux caisses ne remplace, selon lui, ni une alimentation équilibrée ni une promenade. Il souligne que chacun peut déjà réduire sa consommation de sucre. Là où Laurence Fehlmann Rielle veut agir sur l’environnement commercial, il privilégie donc la responsabilité individuelle.

Les distributeurs doutent de l’efficacité

La Communauté d’intérêts du commerce de détail, qui représente Coop, Migros et Denner, accueille elle aussi la motion avec scepticisme. Son porte-parole Manuel Toma y voit une intervention importante dans l’offre et l’aménagement des magasins. Il juge en outre très incertain qu’une telle mesure ait un effet sensible sur l’alimentation des enfants.

L’organisation rappelle que le choix existe déjà. Les caisses de ses membres proposent souvent aussi des snacks salés ou des fruits secs. De nombreuses succursales disposent par ailleurs de caisses en libre-service sans sucreries. L’existence de ces alternatives ne règle cependant pas la question des critères qui définiraient, à l’avenir, un espace de caisse plus sain.

Les fruits et légumes frais ne constituent pas une solution de remplacement évidente pour les distributeurs. Manuel Toma explique qu’ils nécessitent beaucoup d’entretien, ce qui les rend notamment peu adaptés à cet emplacement. Il conteste aussi que les snacks soient délibérément placés à portée des enfants: leur disposition tiendrait plutôt compte de la portée des adultes qui attendent. En définitive, rappelle-t-il, les parents décident des produits achetés pour leurs enfants.

Au Conseil fédéral de se prononcer

Cette controverse pose une question de fond pour la politique suisse de santé: jusqu’où l’Etat doit-il influencer le cadre des achats quotidiens? Laurence Fehlmann Rielle veut réduire l’exposition aux produits mauvais pour la santé. Ses opposants contestent aussi bien la pertinence de l’intervention que son utilité. L’enquête sur les caisses décrit l’offre disponible; à elle seule, elle ne démontre pas dans quelle mesure un réaménagement modifierait l’alimentation.

Dans l’immédiat, la motion ne change rien pour les commerces suisses ni pour leur clientèle. Le Conseil fédéral doit d’abord prendre position. Le Conseil national examinera ensuite la demande. S’il l’accepte, elle passera au Conseil des Etats. Ce n’est qu’en cas d’adoption par les deux Chambres que le Conseil fédéral recevra un mandat contraignant de mise en œuvre. Les éventuelles prescriptions concrètes restent donc ouvertes.

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